|
Edouard Rod
Originaire de Ropraz, Edouard Rod (1857-1910) est l’auteur d’une œuvre attentive au réel, inquiète du fantastique et de Dieu, soucieuse du destin des personnages de la vie quotidienne et pathétique. Ses récits, Les Roches blanches ou L’Incendie, sont d’une étrange modernité.
C’est lui, au début des années 1900, qui accueille et soutient à Paris le jeune Ramuz. Lecteur des écrivains contemporains, traducteur, critique, professeur de littérature comparée à la faculté de Genève, Edouard Rod restera l’exemple même de l’écrivain fort de son œuvre, qui est grande, et de sa curiosité toujours vive des œuvres en devenir.
A l’occasion du sixième Prix Edouard Rod, les Éditions du Béhaire, à Ropraz, publient deux nouvelles de cet auteur, Les Knie suivi de Un coupable, avec une préface originale de Jacques Chessex. |
|
|
Préface Edouard Rod toujours à mes yeux sera celui qui accueille à Paris le jeune Ramuz, qui lit le manuscrit d’Aline, le recommande à l’éditeur Perrin, écrit au père de Ramuz pour l’assurer du pouvoir d’écriture de son fils et attester de sa vocation. C’est qu’à Paris, vers 1900, l’avis d’Edouard Rod compte. Écrivain lu de ses pairs, souvent lié avec eux, il a soutenu Maupassant à la parution crêtée de scandale de Boule de suif, il est lié avec Zola, fréquente Huysmans, reçoit ses amis, les jeunes Suisses en particulier, avec Ramuz, Auberjonois, Bovy, Charles-Albert Cingria, auxquels il ne ménage ni son temps ni les appuis dont il peut les faire bénéficier auprès de ses nombreuses relations. Et qu’aiment-ils, ces jeunes gens, chez Rod ? Ils sont contents que Rod ait toujours fui tout académisme. Ils reconnaissent son goût et même sa passion de l’élémentaire : les campagnes perdues, la pierre, le bois, l’eau du lac ( à laquelle Rod est très fidèle) et plus que tout les figures du quotidien, hommes et femmes saisis sans aucun apprêt dans leur destinée originelle et leur assomption, leurs travers, leur chute dans le chemin coupable. C’est à cette famille d’êtres et à leur histoire qu’appartiennent les personnages des Knie et le portrait du Coupable, les deux nouvelles qu’on lit ici, où l’on entendra tout de suite, comme l’écho d’une vieille culpabilité assombrie par l’atavisme protestant, le timbre insinuant, persistant, d’une humeur grave, mélancolie et pessimisme, même dans les moments de joie ou de détente enjouée. Proche de l’école naturaliste, Edouard Rod n’en est pas moins demeuré décisivement marqué par son origine vaudoise, donc terrienne, et calviniste, et nous savons que dans son enfance la vie religieuse, la lecture biblique, la prière, l’école du dimanche, ont vivement influencé l’écrivain. Mais celui-ci a l’esprit vif, curieux des êtres et des livres, il a la passion de raconter et la certitude d’une grande carrière d’auteur et de professeur. Il sera les deux, et la gravité de sa nature inquiète et souvent maladive aiguisera sa perception du réel dans des récits d’une modernité qui précède Ramuz et à travers lui, vient à nous. L’histoire de Luisita, chez Rod, n’annonce-t-elle pas la parabole de La beauté sur la terre ? Les Knie et Un Coupable, deux aspects du génie clair et opaque d’Edouard Rod. A nous de les découvrir, à notre tour de les aimer, dans la tragi-comédie éclairée et nocturne des figures proches. Jacques Chessex |
|
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Editions du Béhaire - Les Granges au Saule - CH-1088 Ropraz Tél et Fax +41 21 903 52 56 |
||||||